Emmanuelle de Boysson, présidente du Prix de la Closerie des Lilas
Quelles sont les particularités du prix Lilas, ce joli diminutif ?
Le Prix Lilas a pour vocation de promouvoir la littérature au féminin. Il est décerné à une romancière de langue française dont l’ouvrage paraît à la rentrée de janvier.
Le jury tournant 2010 de cette quatrième édition est composé d’Elisabeth Barillé, Adélaïde de Clermont Tonnerre, Clara Dupont-Monod, Audrey Pulvar, Daphné Roulier, Véronique Ovaldé, Julia Kristeva, Justine Lévy, Anne Consigny et des cinq membres du jury permanent : Tatiana de Rosnay, Jessica Nelson, Stéphanie Janicot, Carole Chrétiennot, Emmanuelle de Boysson, fondatrices « investies dès le début sans se décourager », comme le dit Jessica et chargées de l’organisation. Notre attachée de presse est Marie Jacquier.
Le prix Lilas 2009 a été attribué à Stéphanie Hochet pour Combat de l’amour et de la faim, Fayard.
Cette année, une deuxième sélection a été établie :
Yasmine Ghata, Les muettes, Fayard
Kéthévane Davrichewy, La mer noire, Sabine Wespieser
Cloé Korman, Les Hommes-couleurs, Seuil
Véronique Bizot, Mon couronnement, Actes sud
Alizé Meurisse, Roman à Clefs, Allia
Elisabeth Filhol, La Centrale, POL
Le Prix Lilas 2010 sera remis lors de la soirée des Prix de la Closerie des Lilas,
le 8 avril 2010 à partir de 20h00.
L’Académie Lilas, formée des membres des jurys 2007, 2008 et 2009, rend hommage aux métiers du livre. Marie-Christine Imbault en est la présidente (bien qu’elle ne vote pas par déontologie) et Brigitte Kernel, la vice-présidente. L’Académie décerne les Lilas du Livre : Le Lilas de l’éditrice, le Lilas de l’attachée de presse, le Lilas de la libraire.
Le jury Prix Lilas 2009 : Laure Adler, Arielle Dombasle, Olivia Elkaïm, Brigitte Kernel, Amélie Nothomb, Nathalie Rheims, Josiane Savigneau, Elsa Zylberstein et les cinq permanentes.
Le jury 2007 et 2008 : Marie-christine Imbault; Agathe Fourgnaud, Noëlle Chatelet, Eliette Abécassis, Audrey Diwan, Elisabeth Barillé, Michèle Fitoussi, Anne-Florence Schmidt, Brigitte Kernel; Alexandra Lemasson, Amanda Sthers, Geneviève Moll, Christine Richard, Isabelle Lortholary, Christine Ferniot, Elsa Zilberstein, Nathalie Rheims.
Comment et avec qui vous en est venue l’idée ?
Il y a cinq ans, Jessica Nelson, journaliste et écrivain et moi-même, nous nous trouvions à un cocktail de remise de prix. En blaguant, nous nous sommes dit qu’il serait temps de créer un prix de filles, plus jeunes que ces dames du Fémina. Un prix qui couronnerait une romancière de talent, encore dans l’ombre. Nous en avons parlé à Cécile David Weil qui a organisé un déjeuner avec Nathalie Rheims et Tatiana de Rosnay. Le cercle s’est élargi. Au début, le Virginia’s Club était un groupe de copines, romancières et journalistes qui se retrouvaient dans des cafés, un peu, comme notre modèle, le groupe de Bloomsbury réuni autour de Virginia Woolf dans les années vingt et trente. Notre objectif était de promouvoir la littérature féminine. Nous avions aussi envie de rétablir un équilibre dans le paysage des prix littéraires. En effet, 90 % des lecteurs sont des lectrices et les femmes ne se reconnaissent pas toujours dans les choix des jurys en majorité masculins. De plus, les femmes représentent une proportion importante de la production littéraire. Nous voulions introduire une nouvelle approche qui s’appuie sur une constante de l’histoire de la littérature où les femmes ont été des vecteurs. Je précise que nous n’avons pas crée ce prix contre les hommes – nous les aimons beaucoup, nous sommes des joueuses… et des séductrices.
La rencontre avec Carole Chrétiennot, cofondatrice du Prix de Flore a été un vrai coup de foudre. Grâce à cette amie passionnée de livres, enthousiaste et très professionnelle, nous avons crée les Prix de la Closerie des Lilas.
Quelles ont été les difficultés à résoudre pour le monter ?
Très vite, Nathalie Rheims a proposé que nous nous adossions à un journal. Marie-Christine Perreau-Saussine, attachée de presse chevronnée, nous a mis en relation avec Jean-Louis Servan Schreiber. L’association a peu duré car Psychologies magazine désirait promouvoir un essai. C’est dans cette période de flottement que nous avons pu compter sur des fidèles, des pionnières qui se sont engagées dans l’aventure sans savoir si nous allions réussir. Stéphanie Janicot et Christine Richard nous ont parlé de La Closerie des Lilas qui désirait « monter » un prix de femmes. Lorsque le prix est devenu celui de la Closerie des Lilas, le pendant du Prix de Flore, ce fut le début d’une histoire fabuleuse. Miroslav et Colette Siljegovic, les propriétaires, nous ont fait confiance. Ils organisent une fête de rêve à La Closerie, avec l’aide de toute une équipe et invitent la lauréate à l’année. Il existe un esprit lilas qui fait notre particularité. Une vraie solidarité et une bienveillance règnent au sein de cette bande de filles « qui se battent pour défendre les livres qu’elles aiment et ne se comportent pas comme des harpies », précise Jessica dans son blog. Nous travaillons toutes dans des supports de presse différents, nous publions des livres, mais, entre nous, il n’y a jamais de rivalité. Le jury permanent a beaucoup réfléchi et déposé des statuts dans lesquels figure l’organisation du prix. Nous avons un peu hésité sur quelques points et il nous arrive de revenir sur ces questions :
Faut-il couronner un homme ?
Pas pour l’instant, puisque nous tenons à notre différence, notre identité, mais on ne sait jamais !
Faut-il rester un « jury tournant » ?
L’expérience prouve que tous les jurys qui ont essayé de le devenir n’y sont pas parvenus. Tout le monde le souhaite, personne ne le fait ! Cette formule permet d’éviter les risques de pression, de copinages, l’immobilisme, les habitudes, « de garder une indépendance et de renouveler les regards sur les sélections de livres », dixit Jessica dans son blog.
L’Académie doit-elle continuer à distinguer trois professionnelles ?
Après quatre ans d’expérience, nous constatons que nos trois lilas sont très appréciés et reconnus. Les critères de sélection sont drastiques : il s’agit de choisir une femme de l’année qui a publié, soutenu des auteurs, accompagné un roman dont le succès est inattendu. Le choix de la libraire, de préférence de province, se fait à partir d’un questionnaire très précis envoyé à des libraires.
Quelques anecdotes racontables – et même pas racontables ?
Ne comptez pas sur moi vous raconter des anecdotes croustillantes. Je vous dirai juste que nous avons eu quelques soirées bien arrosées, des dîners de filles où nous parlons de tout, de nos éditeurs, de nos journaux, de nos jules… Il y a une réelle entraide envers à celles qui ont besoin d’un coup de pouce professionnel, personnel ou celles qui ont des soucis de santé.
Comment se sont passés les délibérations et le vote 2009 ?
Là aussi, un vote doit rester secret. Sachez juste que les délibérations furent passionnées, presque viscérales. Et que deux clans se sont formés : les pour Stéphanie Hochet, les pour Juliette Jourdan. Comme le vote fut très serré (à une voix), d’un commun accord, nous avons voulu manifester un coup de cœur au « Choix de Juliette », paru au Dilettante.
Première sélections de l’Académie Lilas pour les trois prix qui seront remis le 8 avril 2010 à la Closerie des Lilas
Lilas de l’éditrice :
Liana Lévi (éditions Liana Lévi)
Véra Michalsky (Groupe Libella)
Anne-Marie Métailié (Métailié)
Isabelle Gallimard (Mercure de France)
Isabelle Laffont (Lattès)

Bonjour,
Je voulais savoir si vous pensiez un jour accueillir de simples lectrices au sein du votre jury? Des personnes qui ne seraient ni journaliste ni écrivain, juste de grandes amoureuses de livres et
de lecture.
Merci et félicitations pour ce magnifique prix.
Caroline