L’affaire Femina: En rire avant tout, comme d’un vaudeville. Tout s’y prête, le lieu de l’action, l’hôtel Crillon, enclave luxueuse de la place de la Concorde, si mal nommée en la circonstance, les protagonistes, un “gang” ( terme utilisé par l’accusée) de dames respectables, tant par l’âge que par l’oeuvre, l’objet du délit enfin, quelques lignes jugées diffamatoires dans le dernier ouvrage de l’une d’elle.
Dans son “Journal d’hier et d’aujourd’hui” ( Fayard) Madeleine Chapsal, auteur(e) a succès de romans sur les hommes qui trompent et les femmes qui vieillissent,après avoir été la brillante intervieweuse que l’on sait ( je pense en particulier a l’entretien qu’elle mena en 1962 avec Georges Bataille, le dernier de l’écrivain qui décéderait quelques mois plus tard ) révèle les dessous de la délibération de 2005 au terme de laquelle avait été couronné un auteur exigeant, Régis Jauffret, et une maison qui n’a jamais cessé de l’etre: Gallimard. Voici, entre autre, ce qu’elle écrit :
“Raconter une remise du prix Femina, le jour J, relève de l’impossible, tant il se passe de petits faits et gestes entre douze dames…six d’entre elles avaient décidé mordicus et avant même d’entrer en scène de voter pour Gallimard en faveur de Régis Jauffret. Je n’avais rien contre, mais c’est ce côté”gang” qui m’a énervée.” Propos assez anodins, juges pourtant inacceptables, d’où l’exclusion (madame Chapsal ayant refusé la démission comme on l’y invitait.
Cette exclusion peut-elle en rappeler d’autres, en des temps plus tragiques? N’appartenant pas au camp de ceux qui lèvent les vieux drapeaux du stalinisme et du fascisme pour un oui pour un non, je me contente de m’interroger. Que reproche-t-on exactement à madame Chapsal ? D’avoir, plus ou moins habilement, apporté un seau d’eau fraîche au moulin des justes qui, d’une année sur l’autre et sans lassitude, dénoncent “la magouille des grands prix”? D’avoir rompu un pacte? Mais lequel? Et pourquoi ce silence du côté du Crillon alors que l’accusée, devant un agneau cuit à ses yeux sans égards, s’en prenait aussi aux compétences du chef du palace parisien?
Tout cela parait bien obscur. Aussi obscur que les jalousies dont cette exclusion serait peut-être la traduction brutale… En rire donc. Telle fut ma pulsion première. Pulsion banale d’une époque experte en divertissements, pulsion d’une société du spectacle où les humoristes sont crédités d’une audience que n’auront jamais ceux qui, dans l’ombre, font oeuvre d’analyse et de réflexion. En rire, salutaire,sans doute, mais un peu facile…
Puis je me suis souvenue des réunions des derniers mois pour la constitution du Prix Lilas, de nos efforts d’arbitrage, de tolérance et d’harmonie. Efforts, oui, tant il est difficile de ne pas suivre la pente de l’intérêt, de l’amour-propre, de l’ambition personnelle. A cette entente, il me semble que nous soyons parvenues. Pour l’instant. Il faut bien sur qu’elle s’affirme et survive, et cela ne se fera qu’au prix de notre honnêteté, de notre vigilance. A cette condition seulement, le Prix Lilas sera, comme nous le souhaitons, un prix littéraire différent des autres. C’est aujourd’hui notre engagement. Espérons que dans 20 ans ce sera sa réputation.
Elisabeth Barillé,
membre du jury 2007, romancière et journaliste.

Merci Elisabeth !